Archive de la catégorie Histoire de l'Aviation

Un avion à pédales ou la traversée de la manche à vélo

En 1960, l’industriel britannique Henry KREMER offrit une récompense de 5000 £ à la première “aviette”(avion mût par la seule force musculaire de son pilote) qui effectuerait un parcours en huit entre deux pylônes éloignés d’au moins 800 mètres. Personne ne parvint à relever le défi pendant les dix-sept ans qui suivirent, tandis que la récompense était régulièrement actualisée en fonction de l’inflation.

Le prix KREMER fut enfin remporté le 23 aout 1977 par le “Gossamer Condor” conçu aux Etats-Unis, sous la direction de l’ingénieur aéronautique Paul MAC CREADY. Comme la plupart de ses concurrents de l’époque, l’appareil avait une envergure immense, était ultra-léger et disposait d’une hélice. Celle-ci était actionnée par les coups de pédales du pilote Bryan ALLEN. Pour faire progresser cette nouvelle technique, Henry KREMER fit monter les enjeux en offrant 100 000 £. Mais cette fois, il fallait traverser la Manche.

Le “Gossamer Albatross”, conçu par la même équipe, y parvint le 12 juillet 1979 : Bryan ALLEN décolla de Folkestone et atterrit au Cap Griz-Nez, soit une distance de 36 kilomètres. Paul MAC CREADY pensait que l’on pouvait faire mieux encore avec un copilote particulièrement brillant : le soleil. Son engin suivant baptisé “Solar Challenger”, avait, en complément des pédales,des panneaux solaires fixés sur les ailes. C’est grâce à cette énergie d’appoint que Steve PTACEK réussit, le 7 juillet 1981, à parcourir 262 kilomètres, de Cormeilles-en-Vexin, près de Paris, à Marston, en Grande-Bretagne.

Depuis quelques années, des “aviettes” pourvues de batteries électriques auxiliaires atteignent régulièrement les 70 km/h. Et les performances sont en progrès constant.

De quoi prendre la mouche

Le plus petit avion du monde a décollé le 24 juin 1977 à Kirkland, dans l’état de Washington. Il avait une carcasse de balsa, des ailes en film transparent et ne pesait qu’un dixième de grammes. La propulsion et le pilotage étaient assurées par une simple mouche !

Son inventeur : Donald EMMICK, ingénieur dans une société aéronautique. Il n’innovait pas vraiment, car le physicien yougoslave Nikola TESLA avait déjà étudié la force motrice des insectes à la fin du XIXe siècle.

La collaboration de la mouche avait exigé un peu d’astuce. Il avait fallu la capturer sous un verre, l’endormir avec un peu d’éther et la coller sur le fuselage. A son réveil, elle n’avait plus qu’à battre des ailes pour faire décoller le micro avion. On dut essayer plusieurs “insectonautes” avant de trouver le bon candidat. Le candidat retenu vola cinq minutes en plein air, en décrivant des cercles et en manœuvrant pour éviter les obstacles.

Enfin, pour ne pas s’attirer les foudres des défenseurs de la cause animale, Donald EMMICK décolla la mouche avec précaution après son atterrissage.

Au gré du vent ou la plus grande course d’Aérostats

James Gordon BENNETT est le fondateur du New York Herald, mais son nom est surtout associé à la coupe Gordon-Bennett, qui sanctionne une course d’Aérostats organisée depuis 1906.

La coupe était décernée au pilote du ballon qui franchissait la plus grande distance, le point de départ étant situé dans le pays du vainqueur précédent. Comme l’aérostation dépend de la direction et de la force des vents, les résultats étaient imprévisibles.

Le 30 septembre 1906 eut lieu la première course, au départ de Paris. Les seize aérostats en lice furent emportés vers le nord-ouest, en direction de l’Angleterre. Le vainqueur fut un américain, Franck LAHM, qui se posa dans le Yorkshire, à 647 kilomètres de son point de départ. Deux autres équipages seulement avaient réussi à franchir la Manche. L’année suivante, on ne risqua plus guère la chute en mer : le départ fut donné de Saint-Louis, dans le Missouri, bien à l’intérieur du continent Nord-Américain.

Après une interruption due à la 1ere Guerre Mondiale, la course reprit en 1920. Les caprices du temps occasionnèrent bien des péripéties. En 1923, le décollage eut lieu en plein orage. Le bilan fut de cinq morts et cinq blessés. En 1925, un ballon heurta un train près de Boulogne et un autre se posa sur le pont d’un navire en pleine mer. En 1935, le départ fut donné de Varsovie et le vent emporta les équipages de tête en Union Soviétique, dans une région si reculée que l’on mit deux semaines à les retrouver.

La dernière coupe Gordon-Bennett eu lieu en 1938, mais le record absolu de l’épreuve avait été établi en 1912 par le français A.BIENAIME, avec un vol de 2191 kilomètres reliant Stuttgart à un village près de Moscou. L’aérostation moderne fit beaucoup mieux : du 9 au 12 novembre 1981, l’énorme ballon “Double Eagle V” parcourut 8383 kilomètres entre Nagashima, au Japon et Covelo, en Californie. Mais les équipages actuels retrouveront-ils les folles griseries de leurs prédécesseurs ? Rien n’est moins sûr.